05 février 2006
Les méandres de la vie
Juste comme ça, entre nous....
Parce que depuis plusieurs jours je n'ai pas alimenté (drôle terme quand on est au régime!!) mon blog, non pas que je vous oublie, mais parce que la vie impose ses obligations, et qu'il me faut parfois reporter à plus tard les petits plaisirs de la vie. Mais je suis toujours là, et je vous offre les premières lignes d'un de mes textes, qui parle de ma grand-mère, une femme merveilleuse, qui m'a appris plein de choses.... Aujourd'hui quand un choix s'impose à moi, je me tourne encore vers elle.
à Raymonde....
"Si nombreux que puissent être les méandres de la rivière, elle finira par se jeter à la mer…"
Il m’a fallu un certains nombres d’années pour percer le mystère des métaphores de ma grand-mère.
Les bouddhistes ont le Dalaï-lama, moi j’avais ma grand-mère. Petit bonze bien français, elle observait le monde, sans jamais quitter son fauteuil. Jamais un mot inutile ne sortait de sa bouche, elle distillait sa vérité. Enfant, j’étais toujours en attente des phrases rébus de ma grand-mère. Sitôt prononcés, j’emportais ces quelques mots, et me les répétais sans cesse dans ma chambre, à la recherche de leurs sens. Mes moments préférés étaient les réunions familiales, où chacun, adulte convaincu, le verbe haut et le ton très assuré, offrait sa version d’un évènement quelconque ou d’une situation vécue. Silencieuse, j’observais ma grand-mère. Les coudes posés sur les bras du fauteuil, ses mains étaient jointes à la hauteur de sa poitrine, ses paumes dessinant parfois un triangle imaginaire. De temps à autre, elle écartait puis repliait ses doigts comme un éventail se déplie et se replie, en se frôlant le menton de l’extrémité de ses majeurs. Ses vieilles mains ridées et décharnées se désunissaient parfois quelques instants, pour remettre en place le pan de son grand tablier bleu à carreaux, quand un petit pli venait perturber la perfection du tomber du tissu. Dans leurs joutes oratoires, tous avaient oublié la présence de ma grand-mère, au bout de la salle à manger ; elle, de son repaire, n’avait rien manqué de leur conversation. Elle profitait alors d’un moment de silence, alors que chacun avait abattu tous ses atouts et épuisé tous ses arguments, pour leur asséner, sur un ton très calme et très serein, comme la morale qui clôt les fables de Jean de la Fontaine : "le mensonge est un os que l’on jette aux autres mais qui vous étrangle" ou bien encore : "l’amphore garde toujours l’odeur du premier vin qu’elle a contenu". Ce moment-là était jubilatoire.
21:32 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


Commentaires
val c'est magnifique.... puis-je mettre ce billet sur mon blog... c'est trop beau... tu as un regard sur la vie qui m'émeut (aie ça s'écrit comment?!)... vite vite vite il faut que tu publies... derrière tous ces textes se cache une plume d'artiste qui bientôt rejoindra les meilleures sélections des libraires.... alors en 2006, de l'avant! toi le livre! moi le court! merci pour ces mots...
Ecrit par : xtof | 07 février 2006
Tu sais bien que je ne sais rien te refuser... et en plus c'est un honneur d'apparaître sur ton blog... Alors 1000 fois oui, et merci de ton regard toujours positif sur mes gribouillages.
Ecrit par : val | 08 février 2006
trés joli, toujours émouvant quand nous faisons revivre par les mots des êtres qui nous sont restés chers...
merci pour ce doux moment...
Ecrit par : tina lambda | 16 février 2006
Beau texte. Je l'imagine bien ta grand-maman.
Ecrit par : Corine | 21 février 2006
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