16 janvier 2006

Les commandements du père

 

 

Un superbe texte de Georges Duhamel que je dédicace plus particulièrement à Xtof (suite à la note "sagesse" sur son blog (http://justcomca.blogspirit.com) et à tous ceux qui sont parents et à ceux qui vont le devenir....

 

 

LES COMMANDEMENTS DU PERE

(Georges DUHAMEL)
Tu n'ouvriras jamais plus une porte à la volée : il peut y avoir un petit homme accroupi de l'autre côté.

Tu mesureras tous tes gestes et tu retiendras beaucoup de tes élans. Moins de fougue et plus de force.


 Tu verras moins souvent le ciel ; il te faudra regarder sans cesse à tes pieds pour ne pas marcher sur tes petits hommes.

Tu ne fermeras plus jamais les tiroirs d'un coup de genou : les petites mains se glissent partout. Tu feras toute chose lentement, soigneusement.


 Tu ne dormiras plus jamais sur les deux oreilles : mais tu seras inquiet du moindre soupir. Tu ne pourras entendre un cri sans te demander, le cœur battant, si ce n'est pas le cri… le cri que tu redouteras toute ta vie.

Tu n'allumeras plus jamais un feu, sans penser que le feu brûle. Tu ne poseras plus ta tasse de thé au bord des tables.

Tu éteindras tes bouts de cigarettes avec un soin particulier.


 Tu mettras le silence diurne au nom des choses accidentelles, presque mystiques.
Tu ne diras plus avec la superbe assurance d'autrefois : "tel jour, je ferai telle chose".
Tu piqueras des "peut-être" aux ailes de tous tes projets.

 

01 décembre 2005

Etude du comportement félin

Je vous propose le texte gentiment posté par Stéphanie dans les commentaires de "chats d'une vie". Je voudrais que personne ne le loupe, il est tellement vrai. En plus c'est un sonnet, forme la plus aboutie de la poésie, selon moi...
Je suis toujours "preneuse" de jolis textes, de bons mots, de citations....

Penseur obscur

"Le chat, penseur obscur, ami des coussins roses,
des clartés de la vie et des saveurs du mal,
médite en ronronnant la mort lente des choses
et pose sur le monde un dédain d'animal...

Il évite les bruits et l'effort trop brutal,
le vent qui mord et pince et trouble ses hypnoses,
et préfère le feu qui rougit le métal
et les bonnes chaleurs dans les chambres encloses...

L'oiseau chante et l'insecte, ivre d'air et de miel,
monte tel un éclair vers le coeur chaud du ciel,
tandis que le félin se drape en sa paresse...

Mais quand monte au lointain l'appel frais de la nuit,
s'entr'ouvre sa paupière; et dans son oeil reluit
cet indomptable instinct qu'irrite une caresse..."

Albert Toetenel"